Une scène du littoral

par Etienne Tellant

Une fin d’après-midi de septembre, Marius s’était assis sur la roche humide et recouverte de mousse qui longeait la palissade de béton sur la plage. À une trentaine de mètres, à l’est de son banc minéral, s’étendaient encore quelques corps qui convoitaient la possibilité d’un bronzage de dernière heure sur le sable refroidissant de la fin de journée. Le dos courbe de Marius était recouvert d’un polo et d’une veste de jogging beige, sa tête d’un bob bleu délavé et ses yeux bruns, voilés par la cataracte, d’une paire de lunettes de soleil Ralph Lauren. Deux jambes frêles semblant susceptibles de rompre au moindre Alizé pendaient au dehors de son short en coton Prince de Galles. Elles retenaient la paire de pieds du retraité qui voguait au rythme des allers et venues de la marée montante sur la plage de sable fin.

Au milieu de la plage, deux frères en bas-âge se disputaient le droit de vie et de mort d’un crabe égaré. Le sort du crustacé décapode agité dépendait de la conclusion de la chamaille entre le plus jeune, attristé et plaintif et l’aîné qui tentait ici d’appuyer son autorité par un acte de cruauté devant témoin. Un couple de quarantenaires, tee-shirts et slips de bain, venait de plier bagages à quelques mètres. Ils s’approchèrent de la scène de discorde et mirent fin à la peine du petit animal en ordonnant à ses ravisseurs de rentrer à la voiture. Le crabe, soumis à son instinct de survie, saisit l’aubaine du détournement d’attention pour s’enfoncer dans le sable. La famille regagna la Toyota grise garée sur le bas côté de la route, à quelques rues de la promenade.

Le soleil était assez bas à présent, il devait être 20h00. Assis au bord du coffre de la voiture, les enfants frottaient leurs pieds ensablés sur la rue. L’aîné, constatant furtivement l’absence de véhicules sur les places de parking, saturées au moment de leur arrivée, fut pris d’un pincement au ventre. Il réalisa que la journée se terminait. Il allait faire un peu froid. Il s’endormirait à l’arrière de la voiture. Il n’aimait pas que les choses se terminent. La voiture démarra. Assis à l’arrière sur son siège-auto, il tourna son visage contre la vitre et pleura un peu sans faire de bruit.

Le phare de Cordouan

Situé à sept kilomètres en mer sur le plateau de Cordouan, le phare éclaire et assure la circulation entre les deux passages vers l’estuaire, la Grande passe de l’Ouest et la Passe Sud. Le phare de Cordouan, monument historique de la région, a été construit entre 1584 et 1611, ce qui fait de lui le phare le plus ancien en activité aujourd’hui. Par ailleurs, il eut le privilège d’être classé monument historique en 1862.

Continuer la lecture de « Le phare de Cordouan »